Conseil — Chapitres 5 & 15

Faut-il reprendre un animal tout de suite après en avoir perdu un ?

Ce qu'en disent un comportementaliste canin et une vétérinaire

C'est l'une des questions qui reviennent le plus souvent après la mort d'un animal — posée parfois par l'entourage, presque comme une solution toute faite : « Tu devrais en reprendre un, ça t'aidera. » Et pourtant, elle mérite d'être posée avec beaucoup plus de nuance qu'un simple oui ou non.

« Une suite, pas un remplacement »

Antoine est comportementaliste canin. Il a accompagné de nombreux propriétaires jusqu'au dernier souffle de leur chien — et il a vu, tout aussi souvent, ce qui se passe quand ce deuil-là n'a pas eu le temps de se faire avant l'arrivée d'un nouvel animal.

« Les gens m'appellent pour un nouveau chien, mais parfois, ce n'est pas vraiment le nouveau chien qui pose problème. C'est celui qui n'est plus. » Sans deuil résolu, cette douleur non traitée se déverse, souvent sans que la personne s'en rende compte, sur le chien suivant. Conflits, incompréhensions, attentes impossibles : le nouvel animal arrive chargé d'une mission injuste — ressembler à l'ancien, combler exactement le même vide, réparer la même plaie.

Antoine le dit avec une clarté qui mérite d'être retenue :

« Faire le deuil d'un animal qu'on a adoré, parfois ce n'est pas possible. Et avoir un autre chien, ce n'est pas le trahir. C'est une autre histoire. Pas un remplacement. Une suite. »

Une suite, pas une substitution. Pas une gomme passée sur le passé. Un autre chapitre du même amour vivant.

Ce que ça change, concrètement, pour l'animal qui arrive

Cette distinction n'est pas qu'une nuance de vocabulaire — elle a des conséquences très concrètes. Un nouvel animal adopté comme un remplacement porte, sans le savoir, le poids d'une comparaison permanente. Il n'est jamais tout à fait accueilli pour ce qu'il est, parce qu'une partie de l'attention reste tournée vers celui qui n'est plus là.

Léa, vétérinaire depuis douze ans, observe le même phénomène du côté médical. Elle raconte le cas d'une femme dont le chat venait de mourir :

« J'ai adopté ce chat quand j'ai perdu mon bébé. Il a remplacé mon bébé. Donc s'il meurt, j'aurai l'impression de reperdre mon bébé. »

Une phrase qui dit, avec une justesse bouleversante, ce qui se joue quand un animal est adopté pour combler un vide plutôt que pour lui-même.

Et pour l'animal qui reste ?

La question se pose aussi dans l'autre sens, quand un animal doit continuer à vivre après la mort d'un compagnon de la maison. Là encore, la recommandation qui revient est celle de la constance plutôt que du bouleversement :

« Pour l'animal qui reste, la maison n'a pas seulement perdu une présence. Elle a perdu une cadence. Ce n'est pas en bouleversant tout autour de lui qu'on l'aide forcément. Mieux vaut parfois laisser au quotidien sa vieille musique rassurante : garder les mêmes repères, les mêmes heures, les mêmes gestes, afin que l'absence n'emporte pas avec elle tout ce qui tenait encore debout. »

Le conseil vaut aussi bien pour l'animal qui reste que pour les humains de la maison : ni précipiter l'arrivée d'un nouveau compagnon pour « aller mieux plus vite », ni non plus s'interdire cette possibilité par une forme de loyauté mal comprise envers celui qui est parti.

Alors, quand est-on prêt ?

Il n'existe pas de délai universel — ni dix jours, ni dix ans. Le repère que proposent à la fois Antoine et Léa est plus intérieur que calendaire : c'est le moment où l'on cesse de chercher, dans le nouvel animal, celui qui manque.

« Le deuil demande parfois une bascule plus intime : le moment où l'on cesse de chercher celui qui manque dans celui qui arrive. Alors seulement le nouveau venu peut vraiment entrer dans la maison, avec son caractère, son rythme, sa façon d'être attachant — et non comme une réponse vivante à l'absence. »

Quelques questions simples peuvent aider à sentir où l'on en est :

  • Est-ce que j'accueille cet animal pour ce qu'il est, ou pour ce qu'il pourrait remplacer ?
  • Est-ce que je compare déjà ses gestes à ceux de celui qui est parti ?
  • Est-ce que je me sens capable de laisser cette nouvelle histoire s'écrire, sans qu'elle ait à réparer l'ancienne ?

Il n'y a pas de mauvaise réponse à un rythme différent de celui des autres. Certains sont prêts après quelques semaines. D'autres ont besoin de plusieurs années — ou ne le seront jamais tout à fait, et ce n'est pas non plus un problème à résoudre.

Couverture du livre Ce jour où j'ai perdu mon ombre

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L'euthanasie, la disparition sans corps, les signes qu'on croit reconnaître après la mort : vingt-deux témoignages complets dans le livre.